La fille du fermier – Jim Harrison

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Avant de lire la réédition aux éditions Rivages du livre de Norman Maclean – Et au milieu coule une rivière- , en gardant en mémoire les très belles images du film de Robert Redford qui a préfacé le livre, j’avais très envie de prendre la température des grands espaces et de la solitude qui s’y tient avec la fille du fermier de Jim Harrison.

La fille du fermier, c’est la jeune Sarah de 9 ans qui dans les années 1980 part avec ses parents dans les montagnes rocheuses du Montana, abandonnant son piano, sa meilleure amie Maria et tout ce qui fait le petit nid douillet de ses jeunes années passées dans l’Ohio.
Là-bas, dans le Montana, dans ce paysage d’eau et de rocailles, où l’on vit encore comme il y a 30 ans, l’immensité ressemble à une grande solitude.

En manque d’attention de ses parents, Sarah trouve l’affection auprès de Tim, un vieux fermier qui a vendu les arpents de terre au père de Sarah. Tim est la roche solide qui abrite et protège pour un temps la jeune Sarah dont le corps se transforme en une jeune femme qu’elle bride farouchement à ne pas devenir. Sarah préfère les longues promenades à cheval en compagnie de Vagabond, le chien de Tim et les livres de poésie d’Emily Dickinson.

A l’école, Sarah aime par dessus tout les sciences. Par son irrésistible besoin de comprendre le monde, veut-elle aussi comprendre pourquoi elle se sent complètement vide tout en se demandant en regardant son père « si lui aussi abritait dans son esprit ces lieux vides et froids, ainsi que tous ces points d’interrogation métalliques, ou bien si son mental était plein et harmonieux ».

La mort de Tim et l’entrée au collège signent l’arrêt pour Sarah de ces moments d’innocence et de liberté.
Le jour de rodéo qui aurait dû être un jour de fête marque aussi pour Sarah une rupture brutale avec le temps de l’enfance.
Le cœur meurtri et lourd d’un fort sentiment de vengeance, telle une Diane chasseresse, Sarah devra vaincre ses instincts de punité pour sauver son avenir, même si le prix à payer est le silence.

J’ai aimé retrouver la prose râpeuse de Jim Harrison car elle loge dans ses interstices une infinie tendresse pour son personnage féminin, Sarah. De l’extérieur, Sarah apparaît comme une gamine vulnérable et fragile alors qu’elle construit dans son monde intérieur tout un mécanisme de construction d’elle-même et de compréhension des autres . C’est ce qui la rend forte même si parfois elle a l’impression d’échapper à ses décisions.
Elle sait ce qu’elle veut et elle sait parfaitement ce qu’elle ne veut pas être. Sarah est comme une petite pousse d’herbe verte qui réussit à grandir malgré un environnement aride.

A travers Sarah, Jim Harrison témoigne aussi des errances et le mal d’une jeunesse américaine en proie aux désillusions et aux fantômes de la guerre.

J’ai beaucoup aimé les références à la lecture et aux livres qui aident à surmonter les embûches, et au pouvoir des arts en général et de l’instruction. L’astronomie et la lecture de la carte du ciel évoquées à travers Rebecca, la tante de Sarah est ce lien invisible et puissant qui réunit tous les personnages du livre entre eux mais aussi avec leurs ancêtres.

C’est un texte fort et très beau  extrait du recueil ‘les jeux de la nuit » qui vient d’être réédité en dans la collection folio 2 euros, une jolie manière de se faire plaisir pour entrer en  en contact avec l’auteur et son univers.

 

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