La part des nuages, Thomas Vinau

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Après les pluies drues du printemps, Joseph et son fils Noé aiment observer le ciel et ses nuages. Le père et le fils enlacés l’un à l’autre s’amusent à deviner les contours et dessins que forment ces cotons blancs et moelleux dans la voûte céleste.

Quand Noé part en vacances chez sa mère, Joseph ne voit plus aucun signe dans les nuages, il ne voit que l’immensité du vide au dessus de lui. Où vont ses rêves ?
Pour les retrouver, Joseph n’a qu’une envie : se défaire de la gravité : « Vivre consisterait à s’évaporer ».
Le père livré à sa solitude veut être comme le nuage, rincé de la pluie. Délester les obligations, stopper la folle course du temps et la cavale effrénée des jours.

Joseph déserte son travail, fugue de sa maison pour vivre dans la cabane nichée dans les arbres, oublie sa présence au monde

« Le matin, quand chacun court et que le monde reprend sa ronde, ce qui est bien, c’est de se lever, de manger, et de se recoucher. Voilà le pouvoir absolu se dit Joseph en se glissant entre le matelas et la couette. Cette impression de tenir tête à la tempête« .

Joseph vagabonde la nuit dans les rues sans se douter encore qu’il va puiser auprès des autres et de leurs histoires toute la matière et l’énergie à devenir un homme libre et vivant.

J’ai profondément aimé toutes les pages de « la part des nuages », de Thomas Vinau. Les phrases poétiques vrillent au coeur en nous invitant à lever les yeux, ne serait-ce qu’un instant, pour ne pas perdre tout ce qui nous relie à l’essentiel.

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Sciences de la vie

J’ai découvert ce livre grâce à la rentrée littéraire 2017  des explorateurs de lecteurs.com


qui a été pour moi  une belle et enrichissante expérience de partages et d’émotions !

Vivement l’année prochaine !

J’aimerais donc partager avec vous mon enthousiasme pour « sciences de la vie » de Joy Sorman. Entrez dans son univers.

 

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Je referme ce livre avec regret, un livre doux et velouté comme le grain de la peau, un livre à la couverture soyeuse et aux couleurs éclatantes . C’est un livre qui donne la pêche, un roman solaire plein d’énergie.

Joy Sorman a su me captiver avec ce joli conte autour de Ninon, une jeune fille de 17 ans atteinte par la malédiction qui touche toutes les filles aînées de sa famille depuis le moyen-âge. Cette malédiction prend la forme d’un mal, un gène mutant qui s’attaque aux organes sensoriels du corps comme les yeux, la langue, les oreilles . La grand-mère de Ninon est devenue sourde et muette, sa mère est atteinte de la maladie des yeux éteints, elle ne voit plus aucune couleur et ne supporte plus les lumières . Toutes les deux ont accepté le sort qui pensent-elles inscrit leur famille dans la singularité, une marque divine qui les fait sortir du lot des humains.
Pour Ninon, l’organe touché par le sort, c’est la peau, la peau sensible des bras, elle ressent constamment une brûlure très forte aux bras comme si sa chair était à vif, privée de l’enveloppe protectrice de l’épiderme. La peau directement connectée au cerveau, son tissu comme un parchemin où circulent les veines de sang, les lignes de vie avec ses courbes et ses cavités, ses ridules comme des traces.
Un simple effleurement déclenche chez Ninon une douleur encore plus aiguë, une douleur tenace contre laquelle Ninon, la courageuse Ninon va se rebeller pour que la médecine donne un nom à cette maladie et trouve enfin le traitement adéquat. Toucher lui est interdit.
Elle ne veut plus entendre parler d’hérédité et de transmission, Nino veut guérir.
Mais comment guérir, quand la maladie est invisible, qu’elle ne laisse aucune trace sur la peau, que les radiologies et les examens de sang révèlent un excellent état de santé, que tout est normal.
Courageuse Ninon, qui de cabinets médicaux en hôpitaux en passant par les mains des psychiatres et des médecines parallèles, fait le terrible parcours du patient qui va de déception en déception.
Ninon refuse de capituler, elle continue ses études même si elle se coupe de ses amies, s’enivre de musiques et de dérivatifs pour s’enflammer, tenter de retrouver des sensations dans les autres parties de son corps qu’elle ne sent plus que par ses bras meurtris .
A chaque nouvelle consultation, j’ai observé par les yeux de Ninon le cadre et les objets du cabinet, la décoration intérieure pour trouver de la sérénité et un certain équilibre émotionnel mais aussi évaluer la confiance qu’elle pouvait tendre au praticien.
J’ai aimé la manière réconfortante dont l’écriture de Joy Sorman se pare pour parler de la médecine en employant des mots clairs et simples, explique les plus ardus,et ceci avec tellement de délicatesse que la peur de l’inconnu s’échappe.

Les phrases sont longues mais elles ne sont pas redoutables, elles apaisent.
J’ai été touchée par sa manière bien particulière de parler de la maladie de l’âme et du corps en la tenant à distance par le conte, les histoires de sorcellerie et de grimoire racontées à une petite fille le soir au coin du feu.
Je me suis revigorée auprès de sa citation que je trouve très belle et très vraie tirée du livre de nouvelles de Francis Scott Fitzgerald, la fêlure : « Toute vie est bien entendu un processus de démolition ».
Je suis sensible à l’écriture fine, tendre et profondément humaine de Joy Sorman pour parler de la peau, du moi-peau et de tous ses sens cognitifs, qui révèle notre âme comme un miroir, perforée de nos tourments intérieurs et endurcie à nos expériences existentielles.