Femme à la mobylette – Jean-Luc Seigle

sans-titre

C’est un texte qui scintille et cisèle comme des ciseaux. Des morceaux épars d’une vie que Reine à 35 ans n’arrive plus à tisser.
Reine est pourtant une couturière hors pair mais que peut-elle faire contre un système économique et social qui a détruit ses repères. Licenciée, le père de ses enfants la quitte, il ne lui reste plus que la prunelle de ses yeux, son sang et sa chair, ses 3 enfants. Ses forces l’abandonnent et la honte la submerge quand elle n’est plus capable de les nourrir correctement. L’amour ne suffit pas.
Sa vie est à l’image du jardin autrefois parfumé, il est maintenant en friche, envahi de mauvaises herbes et de carcasses de tôles. Abandonné.
Elle se console en pensant à celle qui l’a élevée, sa grand-mère Edmonde mais elle n’est plus là. Edmonde était son rempart contre les velléités de l’existence, sans elle Reine peine à lutter mais elle continue courageusement, par amour pour ses enfants et pour sa dignité.
Elle s’échine un jour à défricher le jardin où elle trouve ensevelie sous les débris mais intacte une mobylette. Une mobylette qui lui ouvre la voie d’un nouveau travail dans un funérarium, guidée par son empathie envers les autres, pour ne plus penser à ses propres blessures. Ayant le talent de petites mains, elle confectionne des « tissanderies », des petits tableaux de couture inspirés de la vie des gens qu’elle croise et qu’elle offre en cadeaux.
Heureuse et fière d’être une maman qui comble ses enfants et éblouie par l’amour naissant d’un routard singulier, Reine reconstruit les petits bouts d’une vie mais néglige imprudemment de prendre toute la mesure de la machine administrative qui s’est mise en marche.

J’ai aimé la voix silencieuse de l’auteur qui gronde pourtant, fait bondir de révolte devant l’injustice. La voix est silencieuse parce que Jean-Luc Seigle fait corps avec cette femme brisée, la soutient, l’intime à se reprendre quand elle est au bord du désespoir le plus terrible. Il habite vraiment son personnage féminin, et c’est convaincant. D’autant plus, que le sujet de la pauvreté des femmes et ses conséquences désastreuses sont une triste réalité et sont peu abordées en littérature. Même si je trouve par moment  que le contexte est parfois exagéré dans le roman, je suis touchée par le personnage de Reine.

Le texte final à la recherche du 6ième continent, de New-York à Ellis Island à la fin du livre m’a d’abord surprise parce que je me demandais quelle était sa signification dans le roman. Il trouve pleinement sa place car l’auteur nous éclaire sur ses origines, la place de la littérature dans sa vie et son envie d’écrire.
A l’image du tableau « le rêve » du Douanier Rousseau qui illustre la première de couverture, Jean-Luc Seigle écrit l’histoire poignante d’une femme nue mais pudique qui croyait en un idéal.

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