Orties

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Orties, rêve d’un songe en lettres de feu.
Ce poème est extrait du recueil « Quelle est la nuit parmi les nuits » paru en 2004. Les éditions Al manar mettent en valeur ce très beau texte de Vénus Khoury-Ghata dans ce livre-objet illustré en page de couverture par la gravure estompée de Diane de Bournazel. Il existe également un autre ouvrage avec de nombreuses planches de dessins qui peut être consulté sur le site internet des éditions Al manar.
Orties fait écho au roman « la maison aux orties » qui m’a fait connaître l’auteure et poétesse Vénus Ghoury -Ghata. J’ai retrouvé le même hommage poignant à sa famille et à son enfance dans un village du Liban.
La grande inspiratrice de l’écriture flamboyante de l’auteure est sa mère défunte qui revient dans ses nuits sans sommeil :
« Penchée au-dessus de mon épaule
la morte analphabète surveille ce que j’écris
chaque ligne ajoute une ride à mon visage ».
Arrive le personnage principal du texte, principal parce qu’il se fait entendre par ses bruits et sa colère « la colère du père renversait la maison nous nous cachions derrière les dunes pour émietter ses cris » ;
Les doigts effleurent la cicatrice douloureuse laissée par la mort d’un frère fragile dont la fibre poétique a été violemment atrophiée ;
Les mots écrits sur la page unissent dans le prisme de l’écriture trois soeurs touchées par l’embrasement de la folie :
« Trois soeurs réunies en une seule qui tient la plume
la fait courir sur la page
et la page se met à parler
la page dit :
encrier renversé
lampe brisée
pétrole en flammes
incendie (…) »
Les mots coulent à l’encre rouge des peines et des souvenirs d’enfance indissociables de la guerre et de la violence.
Oscillation constante entre Orient et Occident où la langue universelle deviendrait celle des billes de verre qui tintent dans les poches des enfants.
Sur la page blanche, les fantômes des disparus tracent des courbes et des traits, guident la narratrice vers un horizon de lumière.
Vers un jardin de mûriers arraché des orties envahissantes aux feuilles piquantes :
« je sarcle
élague
arrache
replante dans mes rêves
le matin me trouve aussi épuisée qu’un champ
labouré par une herse rouillée ».

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